
Vincent Jacquelinet
CEO

Hana Chellaoua
Founding Marketing Intern
6 à 8 minutes

Quand tout va bien, on pense rarement à sa santé. On consulte quand quelque chose change, quand un symptôme apparaît, quand une inquiétude s’installe.
Mais entre le moment où une maladie commence à se développer… et celui où elle devient visible, il peut se passer des années. C’est précisément dans cet intervalle silencieux que la prévention intervient, et que le bilan de prévention santé prend tout son sens.
Qu’est-ce que la prévention en santé ?
On parle beaucoup de prévention… mais concrètement, de quoi s’agit-il ?
La prévention en santé regroupe l’ensemble des actions visant à réduire les risques de maladie ou à en limiter les conséquences.
Son objectif est simple : préserver son capital santé en identifiant les risques le plus tôt possible, idéalement avant même l’apparition des premiers symptômes.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il s’agit de :
“l’ensemble des mesures visant à réduire la fréquence et la gravité des maladies, des accidents et des handicaps”. (1)
Aujourd’hui, cet enjeu est plus actuel que jamais : selon l’OMS et l’OCDE, environ 30 à 40 % des décès précoces (avant 75 ans) seraient évitables grâce à des actions de prévention primaire efficaces. (2)
La prévention ne se limite pas aux “bons réflexes”
On associe souvent la prévention à des habitudes de vie : manger équilibré, faire du sport, bien dormir. C’est essentiel, mais ce n’est qu’une partie du sujet.
La prévention, c’est aussi :
le dépistage : pour détecter certaines pathologies tôt ;
le suivi régulier : pour ajuster dans le temps ;
et des facteurs plus invisibles comme le stress, la santé mentale ou l’isolement.
Elle repose sur une vision globale de la santé : physique, mentale et sociale.
Les trois niveaux de prévention : une logique continue
Pour comprendre comment elle s’applique, on distingue trois niveaux de prévention, qui interviennent à différents moments du parcours de santé :
Prévention primaire
Empêcher l’apparition des maladies en agissant sur les facteurs de risque. (3)
Exemples : vaccination, activité physique, alimentation équilibrée.
Prévention secondaire
Détecter une maladie le plus tôt possible, souvent avant les symptômes. (3)
Exemples : dépistage des cancers, du diabète ou de l’hypertension.
Prévention tertiaire
Limiter les complications et améliorer la qualité de vie chez les personnes déjà atteintes. (3)
Exemples : suivi après un infarctus, rééducation, accompagnement des maladies chroniques.
Ces trois niveaux ne s’opposent pas, ils se complètent et s’inscrivent dans une démarche continue, tout au long de la vie.
L’évolution des systèmes de santé vers une meilleure prévention
Partout dans le monde, les systèmes de santé évoluent dans le même sens :
intervenir plus tôt
mieux suivre dans le temps
personnaliser les parcours
Pourquoi ? Parce que les maladies chroniques (diabète, cancers, maladies cardiovasculaires) pèsent de plus en plus lourd. Et surtout, parce qu’on sait aujourd’hui qu’une action précoce peut réellement changer l’évolution d’une maladie.
Des initiatives qui font leurs preuves
Plusieurs pays ont déjà bâti des dispositifs solides de prévention :
Royaume-Uni : le programme NHS Health Check (40–74 ans) permet de détecter une hypertension tous les 27 rendez-vous et un diabète tous les 110, contribuant directement à un diagnostic plus précoce des maladies cardiovasculaires et métaboliques. (4)
Allemagne : Check-up 35 intègre ces points de contrôle directement dans le parcours de soins, pris en charge par les assurances. Cela a permis d’augmenter significativement la détection de certaines pathologies : +56 % pour l’hypertension, +69 % pour le diabète et +224 % pour les troubles lipidiques, selon une étude menée sur plus de 51 000 patients entre 2019 et 2023. (5)
Pays nordiques : certains pays comme la Finlande consacrent jusqu’à 6,4 % de leur budget de santé à la prévention, contre 3,9 % en France. La Suède se situe également au-dessus de la moyenne européenne (5,5 %), illustrant une stratégie plus structurée et priorisée sur ces enjeux. (6)
Et la France dans tout ça ?
Après ce tour d’horizon international, zoomons sur la France, souvent reconnue pour la qualité de sa prise en charge des soins, mais à qui l’on reproche encore de tarder à se positionner efficacement sur les actions de prévention et de dépistage.
Malgré un budget de prévention d’environ 5,2 milliards d’euros en 2024, les résultats en matière de prévention et de dépistage restent limités. (7)
La Cour des comptes (institution publique chargée de contrôler l’utilisation de l’argent de l’État et de la Sécurité sociale) pointe notamment des progrès insuffisants, surtout face aux pathologies de longue durée. (8)
Les taux de dépistage restent globalement bas ou stagnants, comme pour :
le dépistage du cancer colorectal atteint 30,7 % en 2024–2025, encore loin de l’objectif européen de 45 % (9)
celui du diabète reste autour de 46 %, un niveau stable depuis plusieurs années. (9)
Le constat est clair et chiffré
12 millions de Français sont touchés par une maladie chronique reconnue en affection longue durée (ALD) en 2021, soit près de 18 % de la population, et ce chiffre continue d’augmenter. Les ALD sont des pathologies graves et coûteuses (diabète, BPCO, cancers, maladies cardiaques…) qui donnent droit à une prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale. (10)
Ces affections absorbent 52 milliards d’euros par an en coûts médicaux et socio-économiques, rien que pour 7 pathologies majeures. (10)
Dépistages sous-utilisés : les taux de participation aux programmes organisés (sein, colorectal, col de l’utérus) restent en deçà des objectifs, ce qui retarde les diagnostics et alourdit les prises en charge.
Le problème n’est pas tant financier (la prévention ne pèse que 4 % des dépenses de santé) (11) que culturel et organisationnel. Ces actions restent trop isolées, peu visibles au quotidien des patients.
Mon Bilan Prévention : une première réponse
Lancée en 2023 par le ministère de la Santé et financée par l’Assurance Maladie, l’initiative “Mon Bilan Prévention” propose des bilans personnalisés avec des professionnels de santé (médecins généralistes, infirmiers, pharmaciens ou sages-femmes)(12), incluant :
un questionnaire ;
un échange ;
et quelques examens de base.
Aujourd’hui, les résultats sont
1 500 structures impliquées : maisons de santé, cabinets libéraux ou encore des CPTS (Communautés Professionnelles Territoriales de Santé).
plus de 100 000 bilans réalisés dans le cadre de cette expérimentation, prévue jusqu’en 2027.
C’est une avancée importante.
Mais sur le terrain, la réalité est plus contrastée
Dans les faits, mettre en place des bilans de prévention à grande échelle reste complexe.
Le premier frein : le temps médical.
En France, un médecin généraliste reçoit en moyenne entre 20 et 25 patients par jour, avec des consultations qui durent souvent 15 à 20 minutes seulement. (13)
Dans ces conditions, intégrer un bilan de prévention complet (qui nécessite parfois 30 à 45 minutes) devient difficile sans réorganiser en profondeur les consultations.
La deuxième limite : l’accès aux soins.
Aujourd’hui, 5,7% de la population française vit dans des zones considérées comme sous-dotées, voire en désert médical. (14)
Dans ces territoires, l’enjeu n’est même plus seulement la prévention, mais déjà l’accès à un suivi régulier.
Enfin, il y a un frein plus diffus, mais tout aussi structurant : la prévention n’est pas encore un réflexe.
La majorité des patients consulte encore lorsqu’un problème apparaît, et beaucoup passent à côté de dispositifs de dépistage ou de suivi pourtant disponibles.
Comment transformer la prévention à l’aide du numérique
Que ce soit lors de consultations dédiées en partie ou exclusivement à la prévention, comme lors de bilans de prévention, une grande partie du temps médical est encore consacrée à la collecte d’informations de base : antécédents médicaux, habitudes de vie, facteurs de risque, traitements, contexte familial.
Cette étape est essentielle, mais elle prend souvent le dessus sur le reste de la consultation. Au final, il reste moins de temps au médecin pour échanger, comprendre la situation du patient et l’accompagner dans ses décisions.
L’enjeu n’est pas de supprimer cette phase, mais de mieux l’organiser en amont. Et c’est précisément là que le numérique peut constituer une aide précieuse.
Concrètement, le patient peut compléter un questionnaire de prévention avant le rendez-vous. Cela lui permet déjà de réfléchir à sa situation et de s’inscrire plus activement dans son parcours de prévention.
Une fois ces informations structurées, le professionnel de santé ne commence plus la consultation “à froid”. Il passe moins de temps à poser des questions administratives ou répétitives, et davantage de temps à analyser, expliquer et décider avec le patient.
Dans cette logique, des assistants médicaux numériques comme celui d’Aldebaran permettent de structurer ces questionnaires en amont et de faciliter le suivi des patients.
L’objectif est double :
faire gagner du temps aux équipes médicales ;
améliorer la couverture des parcours de prévention, y compris sur des territoires où l’accès aux soins est plus fragile.
L’approche développée par Aldebaran s’intègre directement dans les consultations médicales classiques. Grâce à la préparation en amont et à l’adhésion des patients à répondre à des questions de prévention, les médecins peuvent aborder plus facilement certains sujets parfois peu explorés en consultation.
Depuis le 1er janvier 2025, plus de 73 % des patients utilisant la solution ont accepté de répondre à des questionnaires de prévention, y compris parmi des patients déjà suivis par leur médecin.
Cette approche prend également tout son sens au sein de regroupements de professionnels de santé d’un même territoire. C’est le cas de la Communauté Professionnelle Territoriale de Santé (CPTS) du Pays-Haut, territoire d’environ 90 000 habitants, où près de 18 000 personnes ne disposent pas de médecin traitant.
Nous avons d’ailleurs recueilli le retour d’expérience de la CPTS du Pays-Haut sur l’utilisation d’Aldebaran pour améliorer le dépistage et le suivi des patients. (Retrouvez leur cas d’usage ici)
L’assistant médical développé par Aldebaran contribue ainsi à mieux organiser la prise en charge et le suivi des patients, à fluidifier les échanges et à renforcer les actions de prévention.
(1) Haute Autorité de Santé (HAS). “Présentation générale des recommandations de bonne pratique en santé.” 2018.
(2) Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). “Health at a Glance 2023 – Avoidable mortality.” 2023.
(3) MSD Manuals. “Trois niveaux de prévention.”
(4) NHS (National Health Service). “NHS Health Check.”
(5) Hajek, A. et al. “Effectiveness of Check-up 35 for detecting targeted diseases in Germany.” PMC (PubMed Central), 2025.
(6) DREES. “Comparaisons internationales des dépenses de prévention et des comportements à risque.” Fiche 33, Les dépenses de santé en 2023 – Édition 2024.
(7) Assemblée nationale. “Jaune budgétaire – Santé.” 2026.
(8) Cour des comptes. “Prévention et prise en charge précoce du diabète.”
(9) DREES. “Mieux connaître et évaluer la prise en charge des maladies chroniques.”
(10) IFRAP. “ALD : 112 milliards d’euros de dépenses par an.”
(11) Asterès. “French Care - Prévention.” 2023.
(12) Ministère de la Santé. “Mon Bilan Prévention fait campagne.”
(13) Le Quotidien du Médecin. “22 consultations par jour, de 17 minutes en moyenne : comment travaillent les généralistes ?”
(14) DREES. “En 2018, les territoires sous-dotés en médecins généralistes.” Études et Résultats, 2021.







