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Depuis plusieurs années, le numérique transforme progressivement le système de santé. Prise de rendez-vous en ligne, téléconsultation, messagerie sécurisée, dossier médical partagé, applications mobiles, assistants médicaux basés sur l'intelligence artificielle : les outils numériques sont désormais présents à presque toutes les étapes du parcours de soins.
Pourtant, une idée reçue persiste : les patients, notamment les plus âgés, seraient peu enclins à utiliser ces nouveaux outils.
Les données disponibles racontent une réalité bien plus nuancée. L'enjeu n'est plus vraiment de savoir si les patients acceptent le numérique, mais dans quelles conditions ils l'acceptent.
Une adoption désormais bien installée
La transformation numérique de la santé n'est plus une perspective : elle fait désormais partie du quotidien de millions de Français.
La prise de rendez-vous en ligne est devenue un usage courant. Selon le Baromètre du numérique 2025, 67 % des Français ont pris un rendez-vous médical en ligne au cours des douze derniers mois, illustrant la place désormais centrale du numérique dans l'organisation des soins. (1)
En parallèle, la téléconsultation s'est durablement installée dans le paysage français. Plus de 15 millions de téléconsultations ont été réalisées en 2025. Elles représentent désormais environ 2 à 5 % des consultations médicales, avec de fortes variations selon les spécialités : environ 2 % en médecine générale, mais jusqu'à 6 à 7 % chez certains spécialistes comme les psychiatres ou les endocrinologues. (2)
Les premiers assistants médicaux numériques basés sur l'intelligence artificielle commencent également à apparaître dans les parcours de soins. Ils accompagnent les professionnels de santé avant, pendant ou après la consultation afin de réduire certaines tâches administratives, préparer les consultations ou améliorer la documentation médicale.
👉 Le principal enjeu n'est donc plus de convaincre les patients d'utiliser des outils numériques, mais de leur proposer des solutions réellement utiles, simples et intégrées à leur parcours de soins.
L'âge n'est plus le principal frein
L'une des idées les plus répandues consiste à penser que les patients âgés refusent les outils numériques.
Les études récentes montrent une réalité plus nuancée.
Selon le Baromètre du numérique en santé, une majorité de personnes âgées de 65 ans et plus utilisent désormais au moins un service numérique de santé, qu'il s'agisse d'une prise de rendez-vous en ligne, d'une téléconsultation ou d'un espace numérique de santé. (1)
Plus largement, la littérature montre que l'acceptation dépend davantage :
de la simplicité de l'outil ;
de son utilité perçue ;
de l'accompagnement proposé ;
et du niveau de confiance dans la protection des données,
que de l'âge lui-même.
Les travaux sur la littératie numérique en santé montrent d'ailleurs que des patients âgés peuvent parfaitement adopter un outil numérique lorsqu'il répond à un besoin concret et que son utilisation reste intuitive. (3)
👉 L'âge reste un facteur parmi d'autres, mais il n'explique plus à lui seul l'acceptation ou le refus des outils numériques en santé.
Les patients utilisent le numérique lorsqu'ils y trouvent un bénéfice
Les études sur l'expérience patient montrent que l'acceptation d'un outil numérique dépend principalement d'une question simple :
À quoi cela me sert-il ?
Lorsqu'un patient comprend qu'un outil permet de :
gagner du temps ;
éviter un déplacement inutile ;
mieux préparer sa consultation ;
faciliter les échanges avec son médecin ;
ou améliorer son suivi,
son acceptation augmente fortement.
À l'inverse, un outil perçu comme complexe, redondant ou sans bénéfice concret sera rapidement abandonné, quelle que soit la technologie utilisée.
La littératie en santé reste un enjeu important
Tous les patients ne disposent pas des mêmes capacités pour comprendre ou utiliser des informations médicales.
Cette capacité est appelée littératie en santé.
Les résultats du Baromètre Aldebaran montrent cependant une réalité rassurante.
87,7 % des patients déclarent être suffisamment à l'aise pour répondre à un questionnaire médical numérique.
Seuls 3,6 % déclarent ne pas être du tout à l'aise avec ce type d'outil. Chez ces patients, on observe effectivement davantage de difficultés à compléter un questionnaire.
En revanche, aucune différence significative n'est observée entre les autres niveaux de littératie en santé.
Ces résultats suggèrent que les assistants de pré-consultation restent accessibles à 96,4 % des patients, y compris à ceux présentant une littératie intermédiaire.
Les patients acceptent-ils les assistants médicaux de pré-consultation ?
La pré-consultation constitue un bon exemple de cette évolution.
Pendant longtemps, il était souvent supposé que les patients ne prendraient pas le temps de répondre à un questionnaire médical avant leur rendez-vous.
L'expérience de terrain montre pourtant une réalité différente.
Selon les données d'Aldebaran, portant sur plus de 300 000 pré-consultations, plus de 85 % des patients acceptent de préparer leur consultation lorsqu'un assistant médical de pré-consultation leur est proposé.
Cette forte adhésion s'explique probablement par un bénéfice facilement perceptible : le patient comprend que les informations transmises permettront au médecin de mieux préparer la consultation et de consacrer davantage de temps à l'échange clinique.
Les conditions d'une bonne acceptation
L'acceptation des outils numériques ne dépend donc pas uniquement de la technologie.
Elle repose sur plusieurs principes simples :
une utilisation facile et intuitive ;
un bénéfice clairement expliqué au patient ;
un gain concret pendant le parcours de soins ;
une protection des données de santé ;
et la possibilité d'être accompagné lorsque cela est nécessaire.
Le numérique ne doit pas remplacer la relation humaine. Il doit la faciliter.
Les limites existent toujours
Malgré cette adoption croissante, les outils numériques en santé ne conviennent pas à toutes les situations.
Certains patients restent éloignés du numérique en raison :
d'une faible maîtrise des outils numériques ;
d'une faible littératie en santé ;
d'un handicap ou d'une situation de dépendance ;
d'un manque d'équipement ou d'accès à Internet ;
ou tout simplement d'une préférence pour les échanges en présentiel.
Ces situations concernent l'ensemble des outils numériques en santé : prise de rendez-vous en ligne, téléconsultation, assistants médicaux basés sur l'IA, espaces numériques de santé ou applications mobiles.
👉 Le numérique ne doit donc pas remplacer systématiquement les parcours traditionnels, mais offrir une possibilité supplémentaire lorsque cela améliore réellement la qualité des soins.
Conclusion
La question n'est probablement plus de savoir si les patients accepteront les outils numériques en santé. Les données montrent qu'une très grande majorité les utilisent déjà ou sont prêts à les utiliser lorsqu'ils apportent un bénéfice concret.
Le véritable enjeu consiste désormais à concevoir des outils simples, utiles, sécurisés et réellement intégrés au parcours de soins.
Dans cette perspective, les assistants médicaux numériques, les questionnaires médicaux intelligents ou les outils de pré-consultation ne remplacent pas les professionnels de santé. Ils contribuent à mieux préparer les consultations, à améliorer l'expérience patient et à redonner du temps médical aux soignants.
(1) ARCEP, Arcom, CGE & ANCT. Baromètre du numérique 2025. 2025.
(2) Assurance Maladie. Assises de la télémédecine 2025-2026 et Rapport annuel 2025.
(3) Organisation mondiale de la Santé (OMS). Health literacy development for the prevention and control of noncommunicable diseases. 2022.







