Un désert médical, c’est quoi ?

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Un désert médical, c’est quoi ?

Co-fondateur, CEO
Vincent Jacquelinet

CEO

5 à 6 minutes

désert médical

Trouver un médecin traitant, obtenir un rendez-vous rapidement, consulter un spécialiste sans attendre plusieurs mois… Pour une partie croissante de la population française, accéder aux soins devient de plus en plus difficile.

Dans certains territoires, les habitants doivent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour consulter un professionnel de santé. Dans d’autres, les délais d’attente s’allongent au point de retarder certains diagnostics ou suivis médicaux.

Ce phénomène est aujourd’hui largement désigné sous le terme de “désert médical”.

Mais derrière cette expression très médiatisée, la réalité est souvent plus complexe qu’un simple manque de médecins.

Car un désert médical ne signifie pas forcément l’absence totale de professionnels de santé. Il désigne surtout une difficulté d’accès aux soins, qui peut prendre plusieurs formes : manque de médecins traitants, délais de consultation importants, suivi médical insuffisant ou saturation des cabinets.

Alors, qu’est-ce qu’un désert médical exactement ? Pourquoi ces situations se développent-elles ? Et quelles conséquences concrètes pour les patients et les professionnels de santé ?

Qu’est-ce qu’un désert médical ?

Le terme “désert médical” est souvent utilisé dans les médias ou les débats publics, mais il ne correspond pas à une définition juridique stricte.

En pratique, les autorités de santé parlent plutôt de “territoires sous-dotés” en professionnels de santé. Ces zones sont identifiées à partir de plusieurs critères, notamment :

  • le nombre de médecins disponibles ;

  • la densité de professionnels par habitant ;

  • le temps d’accès aux soins ;

  • l’activité réelle des médecins présents ;

  • ou encore les besoins de santé de la population locale.

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) utilise notamment un indicateur appelé accessibilité potentielle localisée (APL), qui mesure l’accès aux médecins généralistes en tenant compte à la fois de leur proximité géographique, de leur activité et des besoins des habitants. (1)

Autrement dit, un désert médical ne correspond pas forcément à une zone sans médecins.

👉 Un territoire peut être considéré comme sous-doté même lorsqu’il existe des professionnels de santé, si :

  • les délais de rendez-vous deviennent trop longs ;

  • les médecins ne peuvent plus accepter de nouveaux patients ;

  • l’accès à un suivi régulier devient difficile ;

  • ou que la population locale présente des besoins de santé importants.

Cette nuance est essentielle : le problème porte autant sur la disponibilité réelle du temps médical que sur le nombre de médecins présents sur un territoire.

Une réalité qui concerne une part croissante de la population

L’accès aux soins devient aujourd’hui une difficulté concrète pour une partie importante des Français.

Selon les données de la DREES publiées en 2021 :

  • environ 5,7 % de la population française vit dans une zone sous-dotée en médecins généralistes ; (2)

  • près de 87 % du territoire français est classé comme “désert médical” pour au moins une spécialité médicale selon une étude du Sénat publiée en 2022 ; (3)

  • et près de 6 millions de Français n’avaient pas de médecin traitant déclaré en 2024 selon les données de l’Assurance Maladie et du Sénat. (4)

Les difficultés d’accès concernent particulièrement :

  • certaines zones rurales ;

  • des territoires périurbains ;

  • mais aussi certaines villes moyennes comme Nevers, Guéret, Vierzon, Châteauroux ou Alençon, régulièrement confrontées à des difficultés d’accès à la médecine générale ou à certaines spécialités.

La situation varie fortement selon les spécialités médicales.

En médecine générale, les difficultés concernent surtout le suivi régulier et l’accès à un médecin traitant.

Pour certaines spécialités médicales, les délais d’accès peuvent devenir particulièrement importants. Selon plusieurs enquêtes de l’UFC-Que Choisir et des associations de patients, les délais moyens peuvent dépasser :

  • 3 à 6 mois en ophtalmologie ;

  • plusieurs mois en dermatologie ;

  • et parfois davantage en psychiatrie ou en gynécologie selon les territoires concernés. (5)

👉 Le désert médical ne se limite donc pas à une question géographique : il touche directement la continuité et la rapidité de la prise en charge.

Pourquoi les déserts médicaux augmentent-ils ?

Le développement des déserts médicaux s’explique par plusieurs phénomènes qui se combinent progressivement.

Le vieillissement de la population médicale

Une part importante des médecins actuellement en exercice approche de l’âge de la retraite.

Selon le Conseil national de l’Ordre des médecins, près d’un médecin en activité régulière sur deux a plus de 55 ans dans certaines spécialités. (6)

Dans plusieurs territoires, les départs à la retraite sont aujourd’hui plus rapides que l’arrivée de nouveaux professionnels.

L’augmentation des besoins de santé

En parallèle, les besoins de soins augmentent fortement.

Le vieillissement de la population s’accompagne d’une progression des maladies chroniques :

  • diabète ;

  • maladies cardiovasculaires ;

  • cancers ;

  • troubles psychiques ;

  • maladies respiratoires chroniques.

Ces pathologies nécessitent un suivi régulier, parfois sur plusieurs années, ce qui mobilise davantage de temps médical.

Selon l’Assurance Maladie, près de 12 millions de Français étaient concernés par une affection longue durée (ALD) en 2021. (7)

Une répartition inégale des professionnels

Tous les territoires n’attirent pas les médecins de la même manière.

Plusieurs facteurs influencent aujourd’hui les choix d’installation :

  • conditions de travail ;

  • possibilité d’exercice en groupe ;

  • accès aux infrastructures ;

  • équilibre vie professionnelle / personnelle ;

  • charge administrative ;

  • accès à l’emploi pour les proches.

Les jeunes médecins privilégient plus fréquemment des exercices regroupés ou salariés, ce qui peut accentuer les difficultés de certains territoires plus isolés.

Une diminution du temps médical disponible

Le sujet ne concerne pas uniquement le nombre de médecins.

Le temps réellement disponible pour les consultations est lui aussi sous pression.

Les consultations sont aujourd’hui plus complexes qu’auparavant :

  • davantage de maladies chroniques ;

  • plus de coordination ;

  • suivi administratif plus important ;

  • prévention ;

  • renouvellements ;

  • gestion des documents médicaux.

👉 Même lorsque le nombre de médecins reste relativement stable, le temps médical disponible par patient peut diminuer.

Quelles conséquences pour les patients ?

Les déserts médicaux ont des conséquences très concrètes sur le parcours de soins.

Des retards de prise en charge

Lorsque les délais s’allongent, certains diagnostics peuvent être retardés.

Cela concerne notamment :

  • les maladies chroniques ;

  • certains cancers ;

  • les troubles psychiques ;

  • ou les pathologies nécessitant un suivi régulier.

Dans plusieurs situations, les patients consultent plus tardivement, parfois lorsque les symptômes se sont aggravés.

Un renoncement aux soins

Face aux difficultés d’accès, certains patients finissent par abandonner certaines démarches médicales.

Selon l’IRDES et la DREES, environ un quart des Français déclarent avoir déjà renoncé ou reporté des soins, notamment pour des raisons financières, de délais ou d’accessibilité géographique. (8)

Cela représente plusieurs millions de personnes concernées chaque année.

Cela peut concerner :

  • des consultations de suivi ;

  • des dépistages ;

  • des consultations spécialisées ;

  • ou des soins de prévention.

Une pression accrue sur les urgences

Lorsqu’il devient difficile d’obtenir un rendez-vous rapidement en ville, certains patients se tournent vers les services d’urgence hospitaliers.

Cette situation contribue à la saturation des urgences, déjà confrontées à une forte augmentation de leur activité depuis plusieurs années.

Une rupture dans le suivi médical

Le suivi régulier joue un rôle essentiel dans plusieurs situations médicales, notamment :

  • chez les patients âgés ;

  • dans le suivi des maladies chroniques ;

  • pour les actions de prévention et de dépistage ;

  • ou encore dans la prise en charge de la santé mentale.

De nombreux travaux montrent qu’un suivi médical régulier permet de détecter plus précocement certaines complications, d’améliorer l’observance des traitements et de réduire certaines hospitalisations évitables, en particulier chez les patients atteints de maladies chroniques. (9)

👉 Or, lorsque l’accès aux soins devient difficile, cette continuité peut se fragiliser.

Le problème ne se résume pas uniquement au nombre de médecins

Face aux déserts médicaux, la réponse la plus souvent évoquée consiste à augmenter le nombre de médecins.

Cet enjeu est réel, mais il ne suffit pas à lui seul à résoudre le problème à court terme.

Former un médecin prend plusieurs années, et les besoins de santé continuent d’augmenter dans l’intervalle.

Par ailleurs, une partie importante du temps médical est aujourd’hui consacrée à :

  • la collecte d’informations ;

  • la coordination ;

  • les tâches administratives ;

  • le suivi documentaire ;

  • ou l’organisation du parcours de soins.

Autrement dit, la question porte aussi sur la manière dont le temps médical est utilisé et organisé.

C’est pour cela que les réponses actuelles combinent plusieurs approches :

  • développement des maisons de santé ;

  • assistants médicaux ;

  • CPTS ;

  • coopération entre professionnels ;

  • télémédecine ;

  • et outils numériques de coordination.

Comment le numérique peut aider face aux déserts médicaux ?

Le numérique ne remplace pas un médecin.

En revanche, il peut contribuer à améliorer l’organisation des parcours de soins et à mieux utiliser le temps médical disponible.

Concrètement, les outils numériques peuvent notamment aider à :

  • préparer certaines informations avant une consultation ;

  • structurer les symptômes et antécédents ;

  • faciliter le suivi des patients ;

  • améliorer la coordination entre professionnels ;

  • renforcer certaines actions de prévention et de dépistage.

Cette logique est particulièrement utile dans les territoires où les ressources médicales sont limitées.

Lorsqu’une partie du recueil d’informations ou du suivi peut être préparée en amont, le médecin peut consacrer davantage de temps à :

  • l’analyse clinique ;

  • l’échange avec le patient ;

  • la décision médicale ;

  • et l’organisation de la prise en charge.

Quel rôle pour les assistants médicaux humains ou numériques

Face aux difficultés d’accès aux soins, une partie des solutions consiste à mieux répartir certaines tâches autour du médecin afin de libérer du temps médical.

Les assistants médicaux humains peuvent notamment aider à :

  • accueillir les patients ;

  • préparer certains documents ;

  • recueillir des informations médicales ;

  • organiser le parcours de soins.

Certaines spécialités utilisent déjà ce fonctionnement depuis plusieurs années, notamment l’ophtalmologie. Dans de nombreux cabinets, des orthoptistes ou assistants réalisent une partie des examens préparatoires avant l’intervention du médecin. L’ophtalmologue peut ainsi consacrer davantage de temps à l’analyse et au diagnostic.

Cette organisation a permis d’augmenter fortement l’activité des cabinets d’ophtalmologie malgré la baisse du nombre d’ophtalmologues. Selon les données relayées par la CNAM et la presse spécialisée, le nombre d’actes réalisés en cabinet d’ophtalmologie est passé d’environ 22 millions en 2012 à plus de 45 millions en 2022, notamment grâce au développement du “travail aidé” avec des orthoptistes, assistants médicaux et autres professionnels paramédicaux. (10)

Dans un contexte de tensions croissantes sur l’accès aux soins, Martial Jardel, président de l’association Médecins Solidaires, rappelait récemment l’importance “d’améliorer l’organisation structurelle des filières d’accès aux soins”, alors que de plus en plus de patients rencontrent des difficultés pour consulter. (11)

Les assistants médicaux numériques s’inscrivent dans cette même logique d’organisation. Ils permettent notamment de préparer et structurer certaines informations avant la consultation :

  • questionnaires médicaux avec recueil des symptômes et mise à jour des antécédents ;

  • aide à la prévention, au dépistage et à l’identification de certains facteurs de risque ;

  • calcul automatisé de scores ou indicateurs cliniques utiles au suivi ;

  • centralisation et suivi des documents médicaux utiles (ordonnances, examens, comptes rendus, mesures de suivi).

L’objectif reste le même : permettre au médecin de disposer plus rapidement d’informations structurées et de consacrer davantage de temps à l’échange clinique et à la décision médicale.

Des solutions comme Aldebaran aident ainsi à structurer les informations médicales et à fluidifier le suivi des patients, notamment dans les territoires où les ressources médicales sont plus limitées.

Conclusion

Le désert médical ne désigne pas simplement un manque de médecins.

Il reflète plus largement un déséquilibre croissant entre les besoins de santé de la population et le temps médical réellement disponible.

Cette situation a des conséquences concrètes :

  • difficultés à trouver un médecin traitant ;

  • délais de consultation plus longs ;

  • retards de prise en charge ;

  • renoncement aux soins ;

  • fragilisation du suivi médical.

Face à ces enjeux, les réponses ne reposent pas sur une seule solution.

L’organisation des soins, la prévention, la coopération entre professionnels et les outils numériques jouent aujourd’hui un rôle de plus en plus important pour améliorer l’accès aux soins et mieux utiliser le temps médical disponible.

Dans cette logique, les assistants médicaux numériques peuvent contribuer à mieux préparer les consultations, fluidifier les parcours de soins et renforcer le suivi des patients, en particulier dans les territoires où les ressources médicales sont les plus contraintes.

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